Pharmacie en ligne, le grand débat du secteur

A l’ère de la modernité, dans laquelle Internet ouvre chaque jour un peu plus le champ des possibles, le secteur pharmaceutique et bon nombre de ses représentants s’interrogent sur l’utilisation du réseau dans la vente de médicaments en ligne. Il semblerait qu’en l’espèce, la tendance soit plutôt conservatrice.

La question est revenue récemment sur le tapis, suite à l’initiative prise par un pharmacien caennais de commercialiser des médicaments sur son site Internet. La ligne de défense de ce dernier est claire. Il estime qu’il est préférable pour le patient de s’approvisionner sur un site connu et identifié comme étant une source fiable plutôt que de commander des contrefaçons sur un des nombreux sites étrangers ayant déjà causé moult victimes. Et si Philippe Lailler (le propriétaire de la pharmacie en question) utilise cette ligne de défense, c’est parce que son initiative lui a valu de s’attirer les foudres des syndicats de pharmaciens.

acheter des médicaments en ligneCar si, au regard de la loi, Philippe Lailler n’a commis aucune infraction, du point de vue de la FSPF (Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France), il « profite d’un vide juridique pour réaliser une opération commerciale dangereuse pour la santé des patients ». Ces derniers ne lui reprochent pas d’avoir franchi la barrière légale mais d’avoir franchi en revanche allègrement celle de l’éthique. Parce que même s’il ne s’agit de commercialiser par Internet que des médicaments sans ordonnance, les syndicats estiment que la vente de ces produits nécessite un accompagnement et les conseils d’un pharmacien. Une autre critique a été formulée par la FSPF. Cette dernière craint en effet l’absence de frontière nette, entre le site d’une pharmacie en ligne ayant pignon sur rue et celui d’une arnaque déguisée, si la pratique venait à s’étendre.

Conclusion de toutes ces divergences, l’USPO (Union des Syndicats des Pharmaciens d’Officines) demande à Marisol Touraine, ministre de la santé de trancher. Déjà dans le collimateur, Philippe Lailler, lui, comme son avocat, est prêt à en débattre publiquement.

Une évolution des mœurs est-elle possible ?

Le délégué pharmaceutique va-t-il être amené à terme à se rendre chez des web-pharmaciens ? Si la transposition de quasiment tous les secteurs d’activité de la vente est effective sur le web, on peut légitimement se demander si la pharmaceutique ne va pas demeurer l’exception qui confirme la règle. Pourquoi ? Parce qu’au-delà des griefs évoqués ci-dessus, comme le souligne Gilles Bonnefond (le président de l’USPO) dans le Femme actuelle de cette semaine, l’intérêt n’est pas forcément évident. Et ce dernier de fatiguer le doute à la force de l’exemple : « un patient ne va pas attendre quarante-huit heures sa boîte d’aspirine pour soulager sa migraine ».

Les deux camps ont visiblement pas mal d’arguments sur la question et le débat paraît être plus proche de son début que de sa fin. Et vous, la vente de médicaments sans ordonnance en ligne, vous en pensez quoi ?

Source de l’article : Femme actuelle 1472 du 10 au 16 décembre 2012.

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1 réponse à Pharmacie en ligne, le grand débat du secteur

  1. Merci pour cet article,
    On peut se demander par quoi est motivée la position de la FSPF… ne voit-elle pas à travers le canal internet une nouvelle concurrence qui n’enchante pas ses membres pharmaciens ?
    En toute sincérité, qu’est ce qui est mieux pour la sécurité du consommateur, un marché du médicament en ligne dominé exclusivement par les sites étrangers, ou un canal internet où il a la possibilité de privilégier des vrais pharmaciens ?
    En ce qui concerne la proximité du pharmacien, certes elle est essentielle, mais en quoi internet nuirait à cette proximité ? A l’heure du 2.0 jamais les entreprises n’ont autant communiqué avec leur client, et ce grâce à internet. Sur le web, non seulement l’interaction avec le pharmacien est possible, mais dans bien des cas elle peut même être plus facile qu’à l’intérieur d’une officine physique.
    Quand au rôle du délégué pharmaceutique, dans la mesure où la e-pharmacie serait autorisée uniquement comme extensions de pharmacies ayant pignon sur rue, il n’aura pas à rencontrer des web pharmaciens, mais des pharmaciens tout court, comme d’habitude, mais disposant d’un canal supplémentaire pour la vente de médicaments sans ordonnance.

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